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Portrait d’une entrepreneure-salariée-associée chez BatiCréateurs 44.

Karine Guilimineau est peintre décoratrice depuis plus de trois ans à Bâticréateurs 44. Elle témoigne du démarrage de son activité Blossom au sein de la CAE. Actuellement associée, elle nous explique en quoi la CAE à répondu à ses attentes et ses besoins.

 

Quel est votre parcours ?

Après avoir suivi un cursus d’Arts Appliqués, puis 4 ans d’études à l’École des Beaux Arts de Nantes (option communication visuelle), je me suis initialement spécialisée dans la mode. D’abord en créant ma propre ligne de vêtements urbains « OAÏKA » pendant 3 ans, puis en tant que graphiste illustratrice pour la mode enfantine.

C’est en 2011, des fourmis dans les doigts, que je décide de prendre un nouveau virage professionnel et m’oriente vers la décoration intérieure. Les conditions de travail de mon dernier emploi ne me convenaient plus. Je souhaitais me reconvertir vers un métier plus manuel où je pourrai réutiliser mes compétences créatives. J’ai donc réalisé une formation de peintre décoratrice (au Greta de Nantes-BTP). J’associe dans cette reconversion : technique et apport graphique avec une attention particulière pour des matériaux naturels et écologiques lorsque cela est possible. Il était important pour moi de me former et d’acquérir de l’expérience. J’ai ainsi pu réaliser des stages auprès d’artisans pour appréhender plusieurs univers et bien cerner ce qui me convenait.

 

Comment êtes vous rentré chez Baticréateurs 44 ?

Il y a 4 ans, avant même d’aller faire ma formation, j’ai vu un article de presse sur la CAE Bâticréateurs 44. Ça  m’a  tout  de  suite  parlé. J’ai  donc  assistée  à  une  réunion d’information collective afin de prendre un premier contact. L’idée a mûri tout au long de ma formation. Il m’est alors paru naturel, mon diplôme en poche de me tourner vers Bâticréateurs 44 pour créer mon activité indépendante.

 

C’était évident d’être entrepreneur ? de quitter le salariat « classique » ?

Suite à ma formation, je n’ai pas tout de suite cherché à être à mon compte. J’ai cherché du travail mais arrivant en fin de droit, je ne pouvais plus me permettre d’attendre plus longtemps ! J’ai donc sauté le pas ! Me lancer à mon compte n’était pas si anxiogène pour moi, car j’avais déjà eu une activité d’indépendante en micro-entreprise 15 ans auparavant. Je savais que ça n’était pas impossible à partir du moment où l’on a les compétences nécessaires et un minimum d’expérience. Cependant, nouvelle dans le métier et surtout sans réseau, il me paraissait essentiel d’être accompagnée au démarrage. La solution proposée par Bâticréateurs me paraissait alors idéale. Je suis mon propre patron, je suis autonome. En tant qu’indépendante, je fais sûrement plus d’heures, entre les chantiers et les tâches administratives, mais au moins je m’organise comme je veux ! Être dans la CAE me permet d’être en autonomie sans pour autant me sentir isolée.

 

Qu’est ce que vous veniez chercher en priorité dans la CAE ?

Au début, c’était pour moi l’occasion de tester ma nouvelle activité à moindre risque et surtout de me constituer un réseau d’entrepreneurs et d’avoir un support technique.

Nouvelle sur ce secteur d’activité il était très important pour moi de pouvoir échanger, avec les équipes d’appuis et les autres entrepreneurs-salariés de la coopérative, lorsque j’avais des doutes ou interrogations par rapport aux chantiers en cours. Bâticréateurs m’a permis de trouver des réponses au sein du réseau, de partager les bons tuyaux, d’accéder à des adresses fournisseurs ou collaborateurs dont je pourrais avoir besoin sur un chantier ; de participer à créer une dynamique collective et bienveillante ainsi qu’un esprit d’équipe entre les entrepreneurs.

Travailler dans la non-concurrence entre les entrepreneurs est un atout lorsque l’on est indépendant ! Je vois les autres artisans de la coopérative comme des collaborateurs, des collègues et non des concurrents.

En plus du réseau et des conseils techniques, j’ai trouvé chez Baticréateurs 44 un statut, une sécurité. Je ne suis pas une gestionnaire dans l’âme, j’étais clairvoyante sur ma capacité à gérer ma comptabilité, à être organisée etc. La CAE, c’est très sécurisant à ce niveau là. Si ça ne marche pas, j’ai cotisé à Pole Emploi, je pourrai prétendre à des indemnités et je cotise au régime général. Entreprendre en coopérative est moins précaire que l’auto-entreprise.

 

Comment se déroule l’accompagnement dans la CAE ?

Après une première réunion d’information collective et un RDV diagnostic, j’ai participé au parcours d’intégration. Il est très important, permet d’aiguiller sur la gestion, comptabilité, la communication qui sont des concepts primordiaux quand on se lance. Ça permet aussi de commencer à connaitre les autres entrepreneurs et de construire son réseau. Dans les premiers temps, je sollicitais environ tous les mois un RDV individuel avec mon chargé d’accompagnement. Ils se sont espacés au fur et à mesure.

Lors de ces RDV, je faisais le point sur ma comptabilité, mes frais par rapport à mon CA, mes projets à venir, mes difficultés sur les chantiers, etc. Aujourd’hui je sollicite un entretien peut-être 2 fois par an selon mes besoins. Ça a été – et ça l’est toujours- très agréable pour moi d’avoir des interlocuteurs à mon écoute et bienveillants sur le développement de mon activité. Ça permet de prendre confiance en soi et d’avancer.

 

C’est d’autant plus important d’être accompagnée lorsque l’on est une femme dans un secteur plutôt masculin ?

Être une femme dans le bâtiment, même si la peinture est le métier où l’on est le plus représentée, a très rarement été un problème pour moi. Il existe, c’est vrai encore quelques réfractaires du coté des artisans que j’ai pu rencontrer lors de mes stages. Mais ça serait mentir que d’en faire une généralité, bien au contraire ! Je ne me suis pas senti devoir faire plus mes preuves ou devoir être davantage accompagné en tant que femme. Du coté des clients, d’autres clichés me sont apparus. Ils appréciaient que l’artisan soit une femme, car dans certaines représentations, elles sont plus méticuleuses, plus « propres » dans leur travail… J’ai rencontré beaucoup d’homme très méticuleux dans mon secteur ! Plus qu’une question de genre, c’est donc avant tout une question de philosophie et de projet qui m’ont motivé à me faire accompagner par la CAE.

Il y avait en 2016, 10% de femmes à Bâticréateurs 44

Pourquoi êtes-vous devenu entrepreneure-associée ?

Suite  à  la  loi  Hamon,  les entrepreneurs-salariés se doivent de candidater au sociétariat au bout de 3 ans dans la CAE. Je me sentais bien dans cette atmosphère ; j’ai donc candidaté il y a un an. J’ai fais une lettre de motivation afin de démontrer mon envie à rester et à m’impliquer dans la CAE. Il faut par ailleurs prétendre, au minimum, à une rémunération équivalente à un mi-temps depuis au moins 6 mois. Même si chacun travaille au rythme qu’il souhaite, on reste une entreprise avec des impondérables et donc le projet d’entreprise doit être viable.

Être associé pour moi c’est une démarche sociale et philosophique : on se met ensemble pour avancer et on participe par ce biais à aider les autres à se lancer aussi. Je participe alors au AG, je donne mon avis, chaque décision est votée démocratiquement (1 associé = 1 voix). Ça change du fonctionnement pyramidal. La CAE est plus qu’une alternative à l’auto entreprise, c’est un choix politique, une autre manière de voir l’entreprise qui j’espère va continuer de se développer.

 

Comment s’organise la mise en réseau des entrepreneurs ?

Nous avons mis en place des rencontres métiers « peintre ». Elles permettent de se rencontrer, d’échanger sur nos attentes, les collaborations possibles, nos fournisseurs. Ça permet de créer des liens, et de renforcer son réseau pour vraiment faire partie d’une équipe. 2 temps de convivialités sont ensuite organisés dans l’année en plus des AG. Ces temps informels sont nécessaires et importants mais il est parfois difficile de se dégager du temps pour y participer, à prendre de la hauteur et du recul pour analyser ses propres pratiques. Lorsque l’on est entrepreneurs, on est « la tête dans le guidon » : sur les chantiers la journée, et à répondre aux clients, faire les devis, faire sa comptabilité le soir et les week-end.

 

Quels sont les liens avec le réseau des CAE ?

Bâticréateurs fait parti du réseau Coopérer Pour Entreprendre.  Il est important pour nous de savoir que nous faisons partie d’un tout, du réseau Coopérer Pour Entreprendre et que nous sommes plusieurs en région. Cela prouve que les CAE sont des entreprises qui se développent et qui fonctionnent ! Pour Bâticréateurs, ça va bientôt faire 10 ans, ça n’est pas rien ! La SCOP se porte bien puisqu’elle va passer de SARL à SA. Ça serait un signe très positif qu’elle se développe ailleurs également ; dans d’autres départements pour améliorer la proximité géographique pour les porteurs de projets.